Osons l’oral ! Développer des ateliers de pratiques orales dans la voie professionnelle

, par Bruno Girard

Cet article est tiré d’extraits du diaporama présenté en formation. Il propose une lecture des programmes :

« La parole, sublime et divin phénomène, mystère où dans un son s’incarne l’âme humaine. » Alphonse de Lamartine, La chute d’un ange, 1838

Programmes des cycles 3 et 4


La régularité et la fréquence des activités orales sont indispensables à la construction des compétences dans le domaine du langage oral.

Dire

•L’enseignement de l’oral au cycle 4 conduit les élèves à entrer davantage dans les genres codifiés de l’oral en les pratiquant et en en identifiant les caractéristiques.
Des moments spécifiques lui sont consacrés en lien avec les activités de lecture et
d’écriture. Les élèves apprennent à tirer profit de l’écoute de discours oraux élaborés ; ils apprennent à en produire eux-mêmes, à s’appuyer efficacement sur une préparation, à maîtriser leur expression, à apporter leur contribution dans des débats.
• Les élèves doivent progressivement accéder à la pratique d’un oral codifié et
socialisé, éloigné de la pratique spontanée de la conversation courante.
• Pour autant, on ne saurait exiger d’eux une correction absolue et la maîtrise complète des techniques de l’exposé et du débat. L’accent est mis en début de cycle sur le compte-rendu, le récit oral, la mise en voix et la théâtralisation des textes. L’expression des sentiments, des sensations et du jugement argumenté, la participation à des débats organisés, la pratique de l’exposé sont travaillées tout au long du cycle mais sont peu à peu plus structurées et plus exigeantes.
• Une prise de parole de dix minutes en continu est un objectif raisonnable à atteindre en fin de cycle. Une part des séances d’accompagnement est consacrée à
l’entraînement à l’oral.

Activités préconisées au cours du cycle 4

• Écouter un récit et manifester sa compréhension en répondant à des questions sans se reporter au texte.
• Dire de mémoire un texte à haute voix.
• Réaliser une courte présentation orale en prenant appui sur des notes ou sur diaporama ou autre outil numérique.
• Interagir de façon constructive avec d’autres élèves dans un groupe pour confronter des réactions ou des points de vue.
• Comprendre des discours oraux élaborés (récit, exposé magistral, émission documentaire, journal d’information).
• Produire une intervention orale continue de cinq à dix minutes (présentation d’une œuvre littéraire ou artistique, exposé des résultats d’une recherche, défense argumentée d’un point de vue)
• Interagir dans un débat de manière constructive et en respectant la parole de l’autre.
• Lire un texte à haute voix de manière claire et intelligible.
• Dire de mémoire un texte littéraire.
• S’engager dans un jeu théâtral.

Un exemple de démarche d’enseignement adossé à des pratiques orales


On attend que :
- les élèves soient actifs dans les échanges avec un guidage de
l’enseignant ;
- des séances d’apprentissage spécifique soient prévues et
régulières ;
- l’écrit soit progressivement mobilisé comme support pour
l’oral.
• Ces attentes peuvent s’associer à d’autres attentes de la formation aux usages professionnels comme : adapter son expression aux situations professionnelles (embauche/recrutement, accueil, rapport à la clientèle, relations, compte-rendu, exposé, analyse/réflexivité…) invitant à la clarté, la justesse, l’efficacité, la représentation, la communication interne et externe...
• On attend par ailleurs des élèves un usage professionnel des moyens de communication modernes, particulièrement les conférences en ligne, les messageries, les appels téléphoniques, les enregistrements…

L’oral en CAP (extrait du programme de 2010)

Rappel : document d’accompagnement « ressources pour la voie professionnelle : travailler l’oral » (2013)

•L’enseignement du français en baccalauréat professionnel doit former à la réflexion personnelle et à l’affirmation d’un jugement. Le travail de l’oral y participe pleinement. Son importance est d’ailleurs affirmée dès la première finalité du programme : « entrer dans l’échange oral : écouter, réagir, s’exprimer » et la certification, à travers l’oral de contrôle ou lors des situations de CCF des disciplines professionnelles, vise autant à valider la maîtrise de l’oral du candidat lors de l’exposé et de l’échange que ses connaissances et sa réflexion sur les objets d’étude.
• Tous les objets d’étude du programme de Français peuvent et doivent donner l’occasion d’un apprentissage de l’oral même si certains d’entre eux, Des goûts et des couleurs, discutons-en, Les philosophes des Lumières et le combat contre l’injustice ou La parole en spectacle s’y prêtent de manière plus évidente.
• La réflexion à mener à l’intérieur de chaque objet d’étude doit s’organiser autour
d’interrogations qui posent de vraies questions portant à discussion, réflexion,
enrichissement.
• Dans le domaine de l’oral, la progression des compétences construites par un élève de baccalauréat professionnel va de pair avec celles des compétences argumentatives. Ces compétences se développent tant en production qu’en analyse.

Bilan:l’oral
• Un objet complexe
• Qui ne relève pas d’une compétence unique ou univoque
• Deux pôles incontournables :
- Les échanges oraux quotidiens, la « participation » ou l’oral « spontané » (productions orales entrelacées à l’écrit)
- Le travail sur les « genres oraux » : le débat, le compte-rendu, l’interview, etc.
• Sans oublier que les pratiques orales sont des pratiques « partagées » et mettent en jeu décentration, capacité de coopération linguistique, reformulations, négociations sur le sens ...
• Et ... l’écoute , est-ce que ça s’apprend ? Est-ce que ça s’enseigne ?

Travailler sur l’oral c’est pour l’enseignant remettre en cause des modèles traditionnels de fonctionnement du cours. Les échanges des élèves restant assez rares, c’est donc à un dialogue avec le professeur que se réduit le plus souvent la prise de parole. L’élève répond à la question du professeur. Pour transformer ce mode classique de fonctionnement, l’oral doit être l’objet d’une réflexion poussée en tant qu’objectif d’apprentissage, afin de valoriser au mieux cette pratique au sein de la classe. Il faut apprendre aux élèves que la prise de parole n’est pas un moment de défoulement mais bien un moment de travail. Parler, ce n’est pas simplement s’exprimer, mais c’est aussi être compris des autres. Pour cela, une distanciation est nécessaire par rapport aux paroles prononcées. Parler c’est apprendre aussi à
écouter.

L’oral dans Le programme de CAP de 2019

• Rappelle comme première une des quatre compétences majeures à travailler : « entrer dans l’échange oral : écouter, réagir, s’exprimer dans des situations de communication diverses. »
Viser : l’aisance, la clarté, la pertinence du propos.
Mais aussi la justesse et la précision linguistique.

Axes à développer
Entrer dans l’échange oral c’est : prendre sa place dans lequotidien de la classe (écouter, intervenir, contredire,nuancer, confirmer, reformuler), dans un débat, lors d’un exposé, d’un compte rendu, de la présentation d’une œuvre … en s’appuyant éventuellement sur des notes ou des supports numériques ;
• L’oral à l’autre : Dire de mémoire un texte, lire pour autrui, lire à voix haute pour relire, éprouver le sens de son propos oral devant ses pairs, mettre en scène une situation issue de la littérature, de l’actualité ou d’une expérience professionnelle
pour mieux l’analyser ;
Se dire, s’affirmer, s’émanciper
• Les séquences permettent aux élèves de mettre en évidence la richesse et la plasticité de l’expression de la personne.Elles les invitent à dépasser l’expression immédiate, et à s’emparer de la variété des manières de se dire et de s’affirmer, en tenant compte des situations et des différentes facettes d’eux-mêmes qu’ils veulent explorer ou donner à voir.
• Par la production orale, où il met en scène une représentation de soi, l’élève entre dans une démarche réflexive sur les différentes perceptions qu’il a de lui-même et
veut donner de lui-même.

L’oral dans le programme de seconde professionnelle de 2019

• Les termes sont quelque peu différents. On parle ici de : maîtriser l’échange oral : écouter, réagir, s’exprimer dans diverses situations de communication.
• Toutes les formes d’expression et de présentation orales, facilitées par le recours aux technologies d’aujourd’hui, sont à expérimenter et à enseigner au long de la formation : individuelles ou collectives, spontanées ou préparées, de format bref ou pouvant prendre la forme d’un véritable exposé … L’enseignement de l’oral ne peut se limiter à la réalisation d’un exercice.
• La récitation de textes, le jeu théâtral, les brouillons préparatoires, les reprises d’enregistrements numériques forment autant de moyens d’inscrire les apprentissages dans le temps long : les élèves ne progressent en effet que par un retour sur leurs premières tentatives, par la correction et l’autocorrection, par la prise de conscience de tout ce qui se joue dans une prise de parole.

Devenir soi : écritures autobiographiques
• Se connaître, explorer sa personnalité, prendre confiance en soi, exprimer ses émotions et ses idées.
• Se construire dans les interactions et dans un groupe, rencontrer et respecter autrui.
• Distinguer ce que chacun veut présenter de soi et ce qu’il choisit de garder pour la sphère privée.
• S’interroger sur soi, c’est reconnaître que l’on se construit avec et par les autres, c’est accepter sa singularité et progresser dans l’estime de soi.
• L’objectif est de doter les élèves de moyens pour qu’ils soient capables de mieux appréhender qui ils sont, de pouvoir le dire, se dire, s’expliquer, s’impliquer et s’engager dans la société.

D’autres voies/voix pour donner la parole

• Analyser des productions orales de tierces personnes ;
• Se raconter à partir d’un objet médiateur ;
• Participer à un débat interprétatif sur un récit
autobiographique ;
• Mettre en voix des textes ;
• Réaliser des enregistrements ;
• Postsynchroniser un témoignage vidéo projeté muet ;
• Annoter un texte pour le dire ;
• Raconter son « chemin de vie » à l’aide d’un schéma.
• Se présenter oralement via une application « avatar » ;
• Lire de manière expressive un texte accompagné d’un fond musical sur le « moi » ;
• Participer à un échange de lectures en lien avec l’écriture de soi via un speed dating de lecteurs en classe ;
• Participer à un word-café sur l’objet d’étude et ses enjeux ;
• Reconstituer collégialement un texte lu ;
• Créer et faire visiter son « musée personnel » ;
• Exprimer seul ou à plusieurs un jugement critique sur un corpus autobiographique.

Suite...

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